Intervention de la CGT Retraités le 24 février 2010
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- Catégorie : Retraites
- Publié le Vendredi, 26 Février 2010 08:49
Intervention faite par l’USR CGT lors de la manifestation départementale des retraités le 24 février 2010 à Auxerre.
Où en sommes- nous ?
Sur le pouvoir d'achat
Avec les réformes Balladur de 1993 puis Fillon de 2003, le pouvoir d'achat des retraités est en régression constante. Depuis 1993,
- les pensions ont perdu 22 % de pouvoir d’achat par rapport au SMIC et 16 % par rapport à l'évolution du salaire moyen.
- 53% des retraités ont un revenu inférieur à 1200 € par mois,
- 64% des femmes perçoivent une pension mensuelle inférieure à 900 €.
L'accès aux soins devient difficile
Difficile d'abord pour des raisons de coût
Alors que le pouvoir d’achat des retraités diminue, leurs dépenses « contraintes » ne cessent d’augmenter avec le déremboursement de nombreux médicaments, les franchises et les forfaits hospitaliers, médicaux et pharmaceutiques.
Le forfait hospitalier vient par exemple de passer de 16 à 18 €, soit 12,5% d'augmentation.
Dans le domaine de la santé toujours, il est fréquent que les médecins ou spécialistes pratiquent des dépassements d'honoraires importants.
Conséquence : le tarif des mutuelles augmente puisqu'elles ont de plus en plus de reste à charge en complément de la Sécurité Sociale.
Accès aux soins difficile aussi par le manque de plus en plus flagrant de praticiens, en zone rurale mais aussi en ville.
Il est difficile de trouver un médecin ou une pharmacie de garde la nuit ou le week-end.
Quant à obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, c'est souvent avec un délai de 2 ou 3 mois minimum. Sauf si … vous acceptez une consultation dans le secteur privé : là, vous aurez un rendez-vous plus rapidement mais … vous paierez plus cher !
Autres dossiers qui inquiètent les retraités et leur organisation CGT :
- celui de l'hébergement : le coût des maisons de retraite rend celles-ci de plus en plus inaccessibles.
- La dépendance est aussi un véritable problème qu'il faudra résoudre.
Voilà un constat rapide des principales préoccupations des retraités. Il y en a bien d'autres.
2010 est l'année des retraites.
Des discussions vont s'engager après les élections régionales, … comme par hasard !
Le Président de la République veut boucler le dossier pour septembre.
Inutile de vous dire qu'il va falloir que nous nous mobilisions rapidement et en nombre pour ne pas continuer à régresser.
Sur quoi le gouvernement veut-il faire porter les négociations ?
Essentiellement sur :
- l'allongement de la durée de cotisation,
- le recul de l'âge légal de départ en retraite,
- certaines périodes qui ne seraient plus prises en compte, …
Mais nous n'avons bien sûr pas entendu parler d'augmentation des recettes.
Quelle est la logique du gouvernement et du MEDEF ?
- l'espérance de vie augmente.
- les actifs ne seront plus assez nombreux par rapport aux retraités dans les prochaines années,
- en conséquence les recettes seront insuffisantes pour assurer l'équilibre des régimes.
Leurs propositions :
- cotiser plus longtemps et reculer l'âge légal de départ, ce qui diminuerait le nombre d'années où on bénéficierait de la retraite.
- continuer la dégradation du pouvoir d'achat des retraites par rapport aux salaires en maintenant l'indexation des pensions sur les prix.
- et pour ceux qui n'auraient pas assez pour vivre : capitaliser au cours de leur vie active, avec les dangers que l'on dénonce depuis longtemps quant à ce mode de financement privé des retraites, dangers bien réels comme on a pu le constater avec les fonds de pensions américains,
- travailler pendant la retraite pour arrondir les fins de mois.
Le constat :
On a bien vu que ce qui était mis en place depuis 1993 n'avait pas résolu le problème du financement des retraites, mais, par contre, avait considérablement amputé le pouvoir d'achat des retraités. Quand il y a des millions de chômeurs, quand les salariés arrivent souvent usés en fin de carrière, est-il normal de reculer l'âge de départ en retraite ?
Le patronat qui propose de telles solutions est en contradiction avec ses pratiques. Dans les faits, il se débarrasse de ses salariés à partir de 57 ou 58 ans. Et il ne veut pas embaucher les plus de 50 ans.
La réalité c’est que les salariés qui sont mis dehors sont à l'ASSEDIC jusqu'à l'âge de la retraite ; le problème n’est que reporté sur le chômage mais n'est pas résolu !
La solution n'est-elle pas de trouver de quoi financer les caisses ?
Est-ce possible ?
Le déficit de la branche retraite de la sécurité sociale était de 7,7 milliards en 2009.
Plusieurs solutions existent pour combler durablement ce déficit et la CGT exige qu’elles soient placées au cœur du débat sur les retraites.
=> Réduire et conditionner les exonérations de cotisations sociales (30 milliards d’euros par an) dont bénéficient les entreprises
=> Augmenter les cotisations retraites
En 1959 l'ensemble des dépenses de retraites représentait 5,4 points de PIB. Il était de 13,2% en 2007. Qui s'est plaint d'une telle augmentation ? Personne !
Si on prenait la totalité de ce qu'il manque pour équilibrer les régimes de retraite il faudrait prélever 6 points de PIB supplémentaires. C’est possible !
La part des revenus des salariés (salaires + retraites) dans la valeur ajoutée créée dans les entreprises était de 70% en 1980. Elle est de 60% aujourd'hui : en 30 ans, 10% des richesses créées par les salariés sont passés de leur poche à celle des actionnaires !
En 2003 : 48% du PIB allaient aux salaires, 40% aux profits et 12% pour les retraites.
Les gains de productivité ont permis de doubler en 30 ans la part de PIB consacrée à la retraite sans mettre l'économie par terre. Alors ??
=> Revoir le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits
Autre exemple montrant que l'argent existe pour peu qu'on ait la volonté de l'affecter au bien commun de tous : en 2008 les sociétés non financières ont distribué 83 milliards d'euros de dividendes à leurs actionnaires (pour mémoire : le déficit de la branche retraites est de 7,7 milliards …)
Il faut donc arrêter de croire ce que d’aucuns nous martèlent à longueur de journée : qu'il n'y a pas d'argent pour la protection sociale.
L’argent existe ! Mais l’affecter aux retraites est un choix de société que gouvernement et patronat refusent délibérément de faire… pour l’instant …
Le vrai problème n'est-il pas la dévalorisation du travail au profit du capital ?
La crise nous l'a démontré.
Les marchés financiers se sont écroulés d'un seul coup du fait d’une spéculation à tout crin.
Les banques, soutenues par les gouvernements, se sont refait une santé aussi vite qu'elles s’étaient écroulées, santé qui les incite à toujours spéculer plus (c’est vrai : pourquoi se gêneraient-elles puisque les contribuables les renflouent en cas de problème ?)
Si seulement le travail nous rapportait autant et aussi vite que la spéculation financière !
Mais, si les banques et les entreprises qui spéculent plutôt que d’investir dans la modernisation de leur outil de production et dans la hausse des salaires se sortent bien de la crise qu’elles ont créée, nous, salariés en retraite, et encore plus les salariés actifs, n'avons pas fini d’en subir les conséquences. De financière, la crise s’est transformée catastrophe sociale dont nous payons, seuls, la facture alors que nous n'y sommes pour rien.
Et si le déficit des régimes de retraites venait, non pas de dépenses trop importantes, mais, essentiellement, d’un manque de recettes ?
Pour la CGT, on n’investit jamais assez dans la santé et les retraites !
La santé n’a pas de prix et vivre décemment sa retraite est un droit.
Mais voilà :
- l'emploi avec des millions de chômeurs,
- les salaires insuffisants,
- les exonérations de cotisations sociales,
privent la Sécurité Sociale et les régimes spéciaux de retraites de milliards d’euros de recettes.
Ce n'est pas en réduisant le pouvoir d'achat des consommateurs (retraités, actifs, privés d'emploi) que la croissance va s'améliorer et permettre à tous de vivre dignement.
Alors nous disons haut et fort que le gâteau existe mais qu'il ne faut pas que certains se répartissent des miettes pendant que d'autres se gavent.
Vous qui êtes ici, faites passer le message : notre avenir dépend de nous, dans la rue, tous ensemble pour faire changer les choses.




